D’ailleurs mon papa il me l’a fait remarquer ça, quand il a crié sa vie. Il me l’a dit. «Je t’ai jamais entendu autant rire que depuis que t’es revenu! Viens pas me faire croire que t’es pas heureuse!» Qu’il a dit. Ben oui, j’suis pas heureuse papa. Je le suis pas heureuse, parce que j’ai des problèmes dans ma tête. Mais ça tu le sais que j’ai des problèmes dans ma tête. Depuis longtemps en plus. T’as juste jamais été capable de me le dire, ni de m’aider. Parce que t’es un papa québécois. T’sais, j’lui en veut pas à mon papa. Il fait de son mieux avec ce qu’il a. Et il a pas beaucoup pour m’aider avec mes problèmes dans ma tête, parce que lui aussi il a des problèmes dans sa tête qu’il est pas capable de régler. Quand on est pas capable de régler ses propres problèmes, c’est difficile d’aider les autres. Des fois on connait plus de choses pour les aider, on sait plus comment ils se sentent parce qu’on s’est déjà senti comme ça avant. Mais quand même, on a pas encore été capable de mettre le doigt sur notre bobo, alors c’est difficile d’aider les autres à mettre leur doigt sur le leur.
C’est une drôle d’expression ça, mettre le doigt sur le bobo. Me semble que ça aide pas vraiment, mettre un doigt sur un bobo. Ça fait plus mal et, des fois, ça s’infecte. Alors je comprends pas pourquoi ça veut aussi dire «trouver le problème», si pourquoi c’est supposer aider. C’est sur que si on trouve le problème, on peut mieux le régler. Mais si on met son doigt dessus, ben on le voit plus le problème, notre doigt le cache, a moins qu’il soit vraiment vraiment gros. C’est surement ça. Y faut mettre le doigt sur le bobo du problème quand il est vraiment vraiment gros, comme ça on le cache un peu et il parait moins gros. Faudra que je pense à demander à ma maman si j’ai raison la prochaine fois que je vais la voir.
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C’est bizarre la vie. J’trouve. Les gens qui veulent mourir, ben ils peuvent pas et ceux qui veulent pas, y meurent. Je comprend pas trop. Moi, y’a quelques années, je me suis fait rouler dessus par une auto, un jour où j’avais vraiment envie de mourir, et j’suis pas morte. Et mon amie, elle, tout allait bien dans sa vie, tout était en train de se placer, elle arrivait enfin à quelque chose après tellement d’efforts et elle s’est fait tuer. Elle a été assassinée hier par son copain. À coup de marteau, pendant que leur coloc dormait. Je sais pas encore tout, mais je sais que c’est vraiment dégueulasse ce qu’il a fait et qu’elle méritait pas ça. C’était le genre de fille qui aide toujours tout le monde, toujours souriante et amicale. T’sais le genre de fille que tout le monde voudrait être? Jolie, amusante, intelligente, intéressante, sympathique. Mais que tout le monde aimerait pas avoir sa vie, parce que c’était pas facile sa vie. Mais elle, elle se battait pour qu’elle devienne facile sa vie. Elle faisait tout pour être capable de trouver ça facile, un jour, vivre comme tout le monde, avec des sous, du bonheur tout plein, une petite famille à elle, pleins d’amis et un copain qui l’aimerait. Elle était bien partie pour les pleins d’amis, ça elle en avait pleins, des amis. Et pour les sous, ben elle étudiait fort fort fort, pour avoir un bon travail, et, en attendant, elle travaillait avec moi, le plus possible, quasiment tous les jours après l’école. Elle était super fatiguée, mais elle continuait, parce qu’elle se disait qu’un jour, tout ça, ça allait lui revenir. Qu’elle allait y arriver. En plus de tout faire ça, elle le faisait avec le sourire. Un beau grand sourire, un des plus jolis du monde, parce qu’il était toujours sincère.
C’était le genre de fille qui, dans les films, finissent toujours par s’en sortir parce qu’elles sont trop belles, trop intelligente et trop travaillantes pour perdre. Mais ça à l’air que c’est pas comme ça dans la vie. Ça me tue. Vraiment.
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